Une bouffée d'oxygène

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Désertion des bancs de l’école suite à des invasions de criquets au Mali et au Niger

 

Tombé aux mains de rebelles armés en mars dernier, le nord du Mali a dû faire face à un autre ennemi bien connu en juillet dernier : le criquet pèlerin. Se déplaçant à une vitesse oscillant entre 16 et 19 km/h, celui-ci peut parcourir jusqu’à 130 km par jour, ravageant cultures et pâturages sur son passage. Dans un contexte précaire de conflits et de sécheresse conjugués, ces invasions malmènent ce pays déjà très vulnérable, qui compte plus de 3,5 millions de personnes souffrant de la faim.

 

En juin 2012, des nuées de criquets pèlerins ont ainsi envahi le Mali et le Niger. Composés de milliards d’individus, ces essaims voraces peuvent couvrir jusqu’à plusieurs centaines de km². Selon l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), un nuage de criquets d’un km² est en mesure d’ingérer 120 tonnes de nourriture par jour, soit de quoi alimenter 2500 personnes durant 4 mois. Paralysées par un contexte politique agité, les opérations de lutte restent très limitées, malgré la mise en place d’un plan d’action de la FAO durant l’été 2012.

 

Ce que l’on désigne par la « malédiction des bonnes pluies » est à l’origine de ces invasions dévastatrices. En effet, issus de régions d’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient peu cultivées, où la pluviométrie n’excède pas 200 mm par an en moyenne, ces insectes se multiplient dès lors que la pluviométrie s’intensifie. Ce fut le cas au printemps 2012.

 

Si elles s’avèrent dramatiques pour la sécurité alimentaire des pays touchés, ces catastrophes naturelles ont également des effets sur le long terme. En témoigne une récente étude scientifique, menée par l’IRD et ses partenaires (1). S’intéressant à l’impact des invasions majeures de 1987-1989, qui ont notamment durement frappé le Mali, ces travaux ont mis en évidence des effets négatifs sur la scolarisation des enfants des villages touchés. Dans les écoles maliennes, le taux d’inscription a ainsi chuté d’un quart, passant de 24 % à 18 % pour les garçons, et de 15 % à 11 % pour les filles. Parallèlement, le nombre d’élèves validant le cycle primaire a baissé d’environ 15 %. Selon les chercheurs, ce constat concerne plus précisément les filles, retirées plus tôt des bancs de l’école que leurs camarades masculins.

 

Cette désertion des écoles s’explique majoritairement par le manque de nourriture, dû à la destruction des récoltes. Les carences alimentaires, parfois telles qu’elles en affectent la santé et le développement des capacités cognitives des enfants, influent bien évidemment sur l’assiduité scolaire. En outre, confrontés à une baisse de leur revenus, les paysans peuvent rappeler leurs enfants auprès d’eux, afin de les seconder dans leur travail.

 

A court, moyen et long termes, la situation reste donc alarmante pour le Mali et le Niger, qui doivent faire face à des ennemis de toutes sortes, tant naturels que politiques…

 

(1) - Les partenaires en question regroupent des chercheurs de l’université Paris Dauphine et de l’Institut de la statistique malien.

 

Cécile Cassier

 



04/09/2012
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