Une bouffée d'oxygène

Une bouffée d'oxygène

A Madame la Baronne

Il est si difficile de se dire que, à l'avenir, lorsque le téléphone sonnera, ça ne pourra plus jamais être elle au bout du fil. Une fois n'est pas coutume, je dédie cet article à une personne qui a profondément marqué ma vie. Voici les quelques mots d'une petite fille adressés à sa grand-mère, qui aujourd'hui n'est plus, et pourtant sera toujours.

 

Il y a moins d’un an, le 22 janvier 2012, Suzanne, Mamoune pour la famille, perdait un mari, et nous un père et un grand-père. Aujourd’hui, c’est son tour de tirer sa révérence. Mamoune était de la trempe de ces femmes, petites par la taille mais grandes par le cœur. Elle brillait d’une force tranquille, un indicible goût pour la vie chevillé au corps. Trois cancers successifs n’ont suffi à éteindre la lueur qui animait cette Madone, sans cesse reconnaissante du temps qui lui était accordé auprès de ses filles, de ses petits et arrières petits enfants. 
Comme elle me l’a souvent répété, il nous incombe à nous de ne garder que le bon et de laisser le mauvais de côté. L’effort est modeste, tant les bons instants à se remémorer sont nombreux, depuis ses acrobaties culinaires à bord de Scop IV, pelant ses tomates au rythme de la houle, à nos virées pour le moins virevoltantes dans sa fidèle 104.
 
 
Aujourd’hui encore, je la vois à travers les yeux d’une enfant, une enfant parfois en quête de réconfort qui trouvait dans le sourire et la bonne humeur de sa grand-mère un océan de bienveillance. Loin de s’étioler, ce soutien indéfectible n’a cessé de se renforcer lorsque cette enfant est devenue adolescente, puis jeune femme. Plus qu’une grand-mère, elle était une amie et une confidente, dont les multiples coups de fil hebdomadaires laisseront un manque impossible à combler. Je lui dois tant pour tout cet amour dispensé, son ouverture d’esprit, sa grandeur d’âme. Nous nous surprenions du bonheur de se retrouver toutes deux réunies, riant de ces réparties dont elle était coutumière et qui parvenaient encore à me désarçonner. Et lorsque je lui assurais qu’elle ne faisait que récolter ce qu’elle avait semé, elle semblait presque surprise de tout l’amour que je lui témoignais.
 
 
Le seul réconfort que je trouve aujourd’hui est la certitude qu’une femme qui a laissé une telle marque ne peut totalement disparaître. J’éprouve une grande fierté d’être la petite fille de cette dame, modèle de détermination dont l’unique ambition était de concourir à notre bonheur. J’ai conscience de ma chance d’avoir grandie, au sens propre comme au sens figuré, auprès de cette femme. En nous montrant que la vie était un bien trop précieux pour être remis en question, elle nous a appris que la meilleure façon de rendre hommage à un disparu, c’est de prendre le temps qui nous est imparti, non comme un sursis mais comme un privilège. C’est cette force qui lui permettait de tenir fermement ma main, le regard tourné vers la photo de son époux qui l’avait devancé.




07/12/2012
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