Une bouffée d'oxygène

Une bouffée d'oxygène

"Jacky au royaume des filles" de Riad Sattouf

 

Femmes dictatrices et hommes voilés, le dernier film de Riad Sattouf relève le défi d'inverser les rôles hommes / femmes, et ce avec le sourire aux lèvres ! En toute honnêteté, je n'ai pas encore vu le film mais, à une heure où la critique est facile mais rarement utile, je trouve intéressant de souligner la performance. Et je vous laisse juge de la qualité de l'oeuvre finale !

 

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""Jacky au royaume des filles" de Riad Sattouf : un apologue aussi efficace que réjouissant" de Claire Micallef, article du Nouvel Observateur, Le plus :

 

En république démocratique et populaire de Bubunne, les hommes sont cantonnés au rôle de bobonne tandis que  les femmes, sanglées dans des uniformes militaires, détiennent tous les pouvoirs.

 

La générale Bubunne XVI (Anémone, hilarante en Kim-Jong Un féminine), impotente mais encore assez forte pour zigouiller tout ce qui bouge, s'apprête à céder son trône à sa fille, la colonelle (Charlotte Gainsbourg), à condition que celle-ci se dégote expressément "un grand couillon", parmi tous les gueux à "voilerie" du pays.

 

Jacky (Vincent Lacoste), jeune Bubunnet endoctriné, amoureux de la colonelle depuis sa tendre enfance, décide de se rendre au bal de la grande Bubunnerie, dans l'espoir d'être choisi par la future générale, au grand dam de Julin (Michel Hazanavicius), meilleur ami de son père défunt et principal opposant au régime matriarcal.

 

Après avoir mis, à son insu, la chérife (Valérie Bonneton) sur les traces de Julin, Jacky obtient enfin une invitation au bal. Mais la mort accidentelle de sa mère le place sous la tutelle de sa marâtre (Didier Bourdon) et de ses détestables cousins. Enfermé dans leur masure où il est réduit à un rôle de souillon, Jacky parviendra in fine à se glisser dans la salle de bal et à rencontrer la colonelle.

 

Sattouf châtie les mœurs par le rire 

 

Le dernier film de Riad Sattouf, "Jacky au royaume des filles", flingue, sous un concentré d'humour décapant, l'intégrisme religieux, les dictatures militaires et dénonce l'asservissement des sexes et des peuples.

 

Tel un Voltaire moderne tendance "Charlie Hebdo" (dans lequel il narre chaque semaine "La vie secrète des jeunes"), Sattouf condense les maux d'hier et d'aujourd'hui, d'ailleurs et de là-bas, dans une république fictive et a recourt à la permutation des genres pour montrer que la domination masculine n'est qu'un arbitraire culturel.

 

Certes, "Jacky" n'a pas la prétention d'être un brûlot, mais sa charge est d'autant plus efficace qu'elle est dissimulée sous un large voile foutraque. Le rire n'est-il pas le meilleur moyen de châtier les mœurs, comme le disait l'adage latin "Castigat ridendo mores" ?

 


 

Les néologismes, matière à rire du film

 

Malgré la gravité des sujets abordés en creux, "Jacky au royaume des filles" n'est rien moins que réjouissant de bout en bout. Le film est peuplé de néologismes, bâtis pour la plupart autour du suffixe – ERIE ("argenterie" pour argent, forêterie, blasphèmerie....), de répliques cocasses et grivoises dignes de Jean Teulé  ("Je veux pas finir avec une gueuse aux dents tendues", "Ils ont couillé"), autant d'inventions langagières qui constituent la matière à rire du récit.

 

L'aspect "bande dessinée" du film, appuyé par un jeu d'acteurs à la désinvolture de cour de récréation (Vincent Lacoste et Anthony Sonigo) ajoute à la drôlerie des dialogues le comique de la photographie.

 

Les ex-beaux-gosses et les mastodontes de la comédie (Anémone, Bourdon...) qui n'hésitent pas à faire dans l'outrancier, ont l'air de s'amuser comme des petits fous. Le film en est d'autant plus plaisant. Riad Sattouf se réserve quelques savoureuses apparitions, notamment en "desperate housemen" vampirisé par sa femme dans une série télé diffusée dans tout Bubunne.

 

Le comique surfe sur l'ambiguïté sexuelle  

 

En tant que digne successeur des "Beaux gosses", "Jacky" fourmille de sous-entendus sexuels et de symboles phalliques, qui font partie intégrante de l'univers de Riad Sattouf. Le désir des femmes donne le la de la sexualité, là où les hommes se contentent d'être des objets sexuels.

 

La scène de masturbation de Jacky devant le portrait de la colonelle fait écho à l'onanisme pratiqué régulièrement par Hervé devant les catalogues de la Redoute. Les contorsions d'un Anthony Sonigo en slip à l'effigie des Chevalins, la religion d'État, rappellent les entraînements au roulage de pelle des lycéens de Bretagne. Jacky, pour régler ses achats, sort un billet de sa chaussette, tel une gourgandine. Et, véritable prouesse graphique, la scène de bal apparaît comme une métaphore de la reproduction, où les prétendants au titre de "grand couillon" affublés de voileries blanches et agitant désespérément leurs laisses pour se faire remarquer, s'apparentent à des gamètes qui se pressent autour de l'ovule, représentée par la future colonelle.

 

Le film ne cesse de jouer la carte de l'ambigüité des sexes, en accentuant la part féminine de Vincent Lacoste et en tirant parti de la silhouette androgyne de Charlotte Gainsbourg. La dernière scène aussi réjouissante que dosée en testostérone, qui conclut avec panache cette fable désopilante, est un petit clin d'œil bienvenu à l'actualité sociétale.

   

Sous son voile rouge, le charmant Vincent Lacoste, à l'éternelle tête d'ado attardé et ahuri, met son apparent je-m'en-foutisme  au service de ce film à l'humour potache. On adore l'espièglerie et la loufoquerie de Sattouf, l'enfant terrible du cinéma français, et ce ne sont pas des néologismes.  Alors, bubunnez-vous !



16/02/2014
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