Une bouffée d'oxygène

Une bouffée d'oxygène

Près de 3 actifs sur 10 déjà victimes de discrimination au travail

Age, sexe, origine, nationalité, encore aujourd’hui, il faut souvent avoir la tête de l’emploi. En atteste une récente étude Ifop, réalisée à la demande du Défenseur des Droits (1) et de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), auprès d'un échantillon de 500 salariés du secteur privé et 500 agents de la fonction publique. D’après cette enquête, menée du 28 novembre au 12 décembre 2012, près de 3 actifs sur 10 déclarent avoir fait l'objet d'au moins une discrimination au cours de sa carrière professionnelle. 
  • Sans surprise, les femmes sont plus touchées que les hommes par ce phénomène, la grossesse et la maternité figurant parmi les principaux critères de discrimination. Mais les personnes malades et la communauté des gens du voyage se placent en tête du palmarès des victimes de discrimination, rappelle l’OIT. Viennent ensuite les personnes handicapées et celles âgées de plus de 45 ans. 
  • Si, jusqu’en 2010, les agents de la fonction publique étaient mieux protégés contre ces pratiques, ce n'est plus le cas aujourd’hui. De fait, les pourcentages de victimes de discrimination dans chacun des deux secteurs sont désormais équivalents (29 % pour le secteur public et 30 % pour le privé). En revanche, contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n’y a pas de lien entre taille de l'entreprise et pourcentage de victimes.   
  • Outre le préjudice moral et le mal-être au travail causés, ces actes discriminatoires affectent l’évolution professionnelle des victimes : freins à l'embauche, aux augmentations de salaires, aux versements de primes, aux demandes de mutations, à l'accès à une formation etc. Stigmatisées, les victimes deviennent des candidats de choix à d'autres pratiques, telles que la mise à l'écart, le harcèlement (moral ou physique)...
  • Comme dans toute forme de stigmatisation, un fort sentiment d'impuissance s'instaure chez les personnes visées. Ainsi, d'après l'étude Ifop, 4 victimes sur 10 n'ont rien dit ou rien fait pour contrer ces agissements. En cause, une certaine forme de résignation partagée par les victimes. Parmi elles, 69 % des salariés du privé et 42 % des agents de la fonction publique concernés estiment qu’une réaction n'aurait rien changé.   
  • Quels sont les recours contre la discrimination professionnelle ? La question est pour le moins pertinente. Faut-il alerter la direction de l'entreprise, les ressources humaines, son supérieur hiérarchique, les représentants du personnel, son syndicat ? Si bon nombre de personnes interrogées déclarent faire confiance à ces deux dernières options, il n'est pas évident qu’elles passent à l’action le moment venu. De fait, les moyens de pression employés par les auteurs de discrimination sont nombreux et généralement subtils. Il faudrait, dès lors, traiter les dossiers au cas par cas, ce qui ne facilite guère la mise en place d'une réglementation globale efficace. Les polémiques générées par la récente révision de la réglementation relative au harcèlement témoignent de ce dilemme. Dénoncer une action discriminante pour une femme engagée dans l'armée peut lui valoir la désapprobation de l'ensemble de ses équipiers. Or, cette désapprobation peut être hautement préjudiciable pour la carrière de cette femme dans un univers aussi hiérarchisé et fermé que l’armée. De même, un stagiaire à qui l'on fait miroiter une possibilité d'embauche n'osera pas protester et multipliera les heures de travail peu ou pas rémunérées. 
  • Les différences de salaires homme / femme à compétences égales s’observent encore aujourd’hui. Ne pas le remettre en cause revient à se taire, et se taire revient à le considérer comme fait acquis. L'une des solutions évoquée par l'enquête, et validée par bon nombre de personnes interrogées, consiste à mettre en place des procédures d'alerte confidentielles et anonymes. L’accent est mis, une fois encore, il est question de libérer la parole. D'autres portes ont déjà été ouvertes. Plébiscitée par les uns, décriée par les autres, la discrimination positive a le mérite de forcer la situation à évoluer. Mais ses réfractaires n'ont pas complètement tort lorsqu'ils estiment que cette méthode peut s’avérer à double tranchant, en entretenant les critères discriminatoires qu'elle combat. 
  • D'autres facteurs sont à prendre en compte. Le contexte actuel de crise et de hausse du chômage n'est guère propice à la lutte contre ces multiples formes de discrimination. Un point de vue partagé par l'opinion générale puisque 81 % des personnes interrogées perçoivent la crise économique et la recrudescence du chômage comme des facteurs favorisant la discrimination. 
1- Le Défenseur des Droits se définit comme : « une autorité constitutionnelle indépendante, chargée de veiller à la protection de vos droits et de vos libertés et de promouvoir l’égalité ».
 
Cécile Cassier


24/01/2013
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