Une bouffée d'oxygène

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La chirurgie esthétique ne connaît pas la crise

Selon une récente étude, menée par l’institut d’études indépendant Xerfi, ni la crise économique, ni la bruyante affaire des prothèses PIP n’ont entaché un engouement croissant pour la chirurgie esthétique. Certes factuelle, cette étude donne à réfléchir quant au poids de l’apparence dans une société en crise qui, paradoxalement, se revendique de plus en plus solidaire. N’y a-t-il pas contradiction dans les termes ? 
 

 

Qualifiées de « véritables phénomènes de société », périphrase très en vogue, les interventions esthétiques ont désormais cours dans toutes les classes sociales, à tout âge. D’après le groupe Xerfi, cette démocratisation du marché esthétique s’explique notamment par une couverture médiatique profitable, ainsi que par la multiplication des techniques non invasives, « à base de toxine botulique et autres injectables de comblement des rides ». 
 
D’après les prévisions de l’étude, les actes de chirurgie esthétique vont augmenter de 2 % par an entre 2012 et 2015. Les traitements non invasifs devraient afficher une progression de 12 % sur la même période. Mais des obstacles vont perturber cette belle envolée. Les fabricants vont notamment faire face à un durcissement des autorisations de délivrance du marquage CE, conséquence du retentissant dossier des prothèses PIP. Par ailleurs, et on ne va pas s’en plaindre, les dossiers de demande de mise sur le marché devront être plus solides pour satisfaire à la réforme du médicament, promulguée fin 2011. Enfin, depuis le 1er octobre 2012, l’ensemble des interventions esthétiques sont soumises à la TVA. Or, nul doute que cela se répercutera tôt ou tard sur les tarifs pratiqués, voire favorisera le tourisme esthétique à destination de l’Europe de l’Est et du Maghreb. Rien d’insurmontable cependant, puisque l’activité des cliniques devrait croître de 4 % par an d'ici à 2015, enregistrant un léger ralentissement par rapport à la période 2007-2012. 
 
Si des réponses d’ordre pratique ont été avancées, des questions demeurent. Pourquoi une telle recrudescence de l’intervention chirurgicale à des fins esthétiques ? Qui plus est dans une société en crise, en grande partie financière, qui appelle à jouer les fourmis plutôt que les cigales ? Faut-il en déduire que, contrairement à ce que la rumeur clame, vantant les mérites de la solidarité, l’apparence et les attributs physiques prennent une place croissante dans notre société ? Au point qu’un nombre croissant de personnes soient prêtes à rogner sur ses économies au nom de critères esthétiques ? Ou que, tout simplement, pour se sentir bien dans sa tête, on commence par œuvrer avec son corps, plus facile à contrôler ?
 
Je ne saurais trancher, étant moi-même en partie sous l’emprise d’une certaine fascination pour cette toute puissance, qui s’octroie le luxe de modeler son corps à l’image que l’on souhaite renvoyer. Je n’ai pourtant jamais pu m’y résoudre, de crainte de ne pas accepter le résultat, comme si je risquais de ne plus être moi-même. Rien que le port de lunettes non désirées désarçonne notre façon d’être en société. Mais, s’il n’y a pas matière à juger tel ou tel choix, il me semble que cela soulève de nombreuses questions qui gagneraient à être approfondies.
Cécile Cassier


16/05/2013
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