Une bouffée d'oxygène

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Séquestration, sévices sexuels : l’opinion publique entre rejet et curiosité

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La curiosité morbide qui caractérise l’opinion publique m’a une fois de plus frappée lorsque je suis tombée sur un récent article titrant : « Séquestrées de Cleveland : les journaux intimes des victimes révélés ».

 

Sinistre, l’affaire en question porte sur un procès en cours aux Etats-Unis. L’accusé est Ariel Castro, un chauffeur de bus de 53 ans qui a kidnappé et séquestré pendant 10 ans trois femmes. Victimes de sévices physiques et sexuels, ces femmes ont tenu des journaux intimes lors de leur captivité, témoignant des traitements abjects infligés. Que ces informations servent de preuves lors du procès est une nécessité absolue, à mon sens. Mais faut-il vraiment que ces renseignements filtrent via la presse grand public ? Que cela nous apporte-il de savoir qu’elles ont été enchaînées, affamées, mises en enceintes ? L’horreur se suffit à elle-même et n’a pas besoin d’être décrite avec une exactitude plutôt malsaine me semble-t-il, surtout lorsqu’elle implique la vie intime de personnes dont l’identité est connue de tous.

 

Je me sens en accord avec l’opprobre général qui condamne de tels agissements. C’est en quelque sorte rassurant de constater que bon nombre d’individus répondent aux mêmes valeurs que nous, et qu’elles les conduisent à ressentir et partager le même dégoût. Mais la sphère publique a ses limites.

 

Et surtout la question reste entière : qu’est-ce qui motive cette curiosité morbide ? Est-ce une façon de fuir ce que nous laisse entrevoir notre imagination, réputée pour sa capacité à surpasser une réalité déjà difficile à admettre ? Je m’inquiète de ce possible besoin de sonder la noirceur humaine et ses confins. Doit-on lister par le menu de telles horreurs pour les admettre, dans l’espoir de mieux s’en protéger ? A l’instar d’une forme de deuil obligatoire ?

 

Est-ce une forme de culpabilité ? Cela s’est passé à côté de nous mais nous n’avons rien vu. Avons-nous refusé de le voir ? Voilà qui expliquerait le besoin de le dénoncer d’autant plus aujourd’hui.

 

Est-ce de la peur ? De l’incompréhension ? Comment un être humain peut-il infliger ça à un autre ?

 

Tout prend très vite de l’ampleur lorsqu’il est question d’opinion publique. Aussi, je crois qu’il est important de s’interroger sur cette curiosité excessive, à la limite du dérangeant. Même si je la devine involontaire, il y a une forme de non-respect pour ces femmes. Comment doivent-elles faire face à ce qu’on leur impose, en détaillant le quotidien insoutenable qui a été le leur pendant si longtemps ? Le regard des autres est déjà si pesant, même lorsque les intentions premières ne sont pas mauvaises. Etaler la vie privée d’une star, c’est un dommage collatéral du choix de vie qui fut le leur. Mais ces femmes n’ont rien choisi. Elles ont subi. Elles disposent donc du droit de conserver privé ce qu’elles veulent qui le reste. Suffisamment de leurs droits inaliénables ont été bafoués jusqu’ici il me semble.

 

N’hésitez pas à partager votre ressenti sur la question car, si je ne suis pas curieuse des journaux de captivité, j’aime voir des gens remettent en question la perception qu’ils ont de ce qui se passe autour d’eux.

 

Cécile Cassier



03/08/2013
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