Une bouffée d'oxygène

Une bouffée d'oxygène

Pollution industrielle en Mayenne : risque de contamination pour la population

 
En janvier 2011, la préfecture de Mayenne alertait sur une pollution environnementale par des polychlorobiphényles ou PCB dans la zone de Grez-en-Bouère, commune située en Mayenne (53). A l'origine de cette pollution, l’entreprise Aprochim, filiale de Chimirec, est spécialisée dans la collecte et le traitement de déchets industriels. Selon l’Anses (1), il est « difficile d’apprécier l’antériorité de cette pollution », dans la mesure où l’exploitation est en activité depuis 1990. Ce que l’on sait en revanche, c’est qu’en octobre 2011, 142 vaches issues d’élevages basés à Grez-en-Bouère ont été conduites à l’abattoir pour cause de contamination aux PCB. Depuis 2005, on a également recensé de nombreuses restrictions alimentaires concernant la consommation de poissons pêchés dans le Rhône. 

  • Le 13 juillet 2011, la Direction Générale de la Santé (DGS) saisissait l’Anses pour réaliser une expertise quant à la possible contamination des denrées alimentaires aux environs de l’usine Aprochim. De fait, des analyses effectuées entre janvier et mai 2011 dans les exploitations agricoles situées dans un périmètre de 3 km autour de l’entreprise ont révélé une contamination en dioxines (2) et en PCB dans certains prélèvements de lait, de graisse animale, de produits de vente directe, de fourrage et d’ensilage de maïs. De même, des œufs issus de jardins privatifs présentaient des niveaux de contamination non conformes au seuil réglementaire applicable aux œufs produits et commercialisés industriellement. 
  • Bien qu'aucune trace de contamination n'ait été détectée dans les eaux superficielles et souterraines voisines de l'entreprise, l'analyse des sols reste quant à elle délicate, au regard de l’absence en France de restriction réglementaire d'usage des sols contaminés en PCB. Pourtant, comme le rappelle l’agence sanitaire, les dioxines et les PCB peuvent se disperser sous forme particulaire sur plusieurs kilomètres de distance des lieux d'émission. Face à ces craintes légitimes, des analyses complémentaires, réalisées sur des échantillons non lavés et épluchés de légumes feuilles (scarole et romaine) et de choux, prélevés entre 330 et 2960 mètres de l'entreprise, ont été transmises à l'Anses à l'automne 2011. Ces légumes feuilles présentaient des niveaux de contamination d'autant plus élevés que l'on se rapprochait du site de l'entreprise. Tous les échantillons récoltés dans un rayon d'un kilomètre « présentaient des niveaux de contamination supérieurs (compris entre 10 et 30 fois) aux moyennes de contamination "bruit de fond" (hors pollution accidentelle) observées dans les plans de contrôles des administrations de 2001 à 2004 ». Les niveaux les plus importants de contamination se concentraient ainsi dans un rayon de 500 mètres autour d'Aprochim.  
  • Or, une exposition aux dioxines et PCB via les seuls apports alimentaires suffit à faire peser un risque sanitaire sur la population locale. Aussi, faisant appel au meilleur bon sens possible, l'agence recommandait de « poursuivre les efforts pour réduire les apports alimentaires en dioxines et PCB ». Tenant compte des niveaux de contamination mesurés près du site d'Aprochim et du « profil de consommation » de la population générale, celle-ci « n’exclut pas un risque de surexposition ». Pour prévenir ces risques, elle émet quelques recommandations pour le moins dérisoires et peu rassurantes aux yeux des consommateurs : lavage et épluchage minutieux des fruits et légumes issus des potagers privatifs de la zone géographique concernée, éviter la consommation et le don des œufs produits dans les basses-cours privatives de la zone de Grez-en-Bouère etc. 
  • Face à la difficulté d’estimer l’antériorité de la contamination et la carence de données en matière d’autoconsommation, les autorités sanitaires appellent à la réalisation de mesures d’imprégnation corporelle. C’est dans ce contexte que, le 10 janvier dernier, Claude Gourvil, conseiller général EELV, comparaissait devant le tribunal correctionnel de Laval, poursuivi en diffamation par l’entreprise Aprochim. En effet, le 8 juin dernier, alors candidat EELV pour la deuxième circonscription de la Mayenne, celui-ci s’était engagé, s’il était élu, à déposer une loi visant à contrer tout conflit d’intérêt entre « les contrôlés » et «  les contrôleurs ». Pour appuyer son propos, il avait évoqué avec une certaine véhémence le cas d’Aprochim et son implication dans la pollution aux PCB. Hier, s’exprimant via son compte twitter, Claude Gourvil a assuré qu’il demandait « la relaxe pure et simple ». 
1- Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. 
2- « Les dioxines constituent un groupe de composés chimiquement apparentés qui sont des polluants organiques persistants dans l’environnement. » (source : OMS).
Cécile Cassier


11/01/2013
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