Une bouffée d'oxygène

Une bouffée d'oxygène

Un centre de déchets menace l’un des berceaux de l’élevage équin français

Le 27 avril dernier, à l’occasion d’une nouvelle manifestation initiée par les opposants au projet, le ministère de l’écologie a fait savoir par l’intermédiaire d’Yves Goasdoué, député PS de l’Orne, qu’il réclamait une nouvelle expertise concernant le futur centre de déchets industriels de Nonant-le-Pin, en Basse Normandie. 
 
 

 



 

 
Un recours in extremis
 
Il était temps, diront certains, puisque le dit centre de stockage de déchets industriels, destiné à jouxter le célèbre Haras national du Pin, est presque abouti. Débuté en mars 2012, le chantier arrive à son terme, avec une mise en service imminente. Situé à moins de 500 mètres du centre de la commune de Nonant, il est implanté sur une surface totale de 55 hectares, l’installation en mobilisant 40 à elle seule. Selon les associations Nonant Environnement et Sauvegarde des Terres d’Elevage, il est au cœur de « terres agricoles réputées », plus de 1000 hectares de cultures ou élevages bio s’étalant dans un rayon de deux kilomètres autour du site. 
 
Le Haras du Pin, bastion de l’élevage équin français
 
L’équilibre environnemental de la région n’est pas le seul à avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. De fait, ce centre de déchets jouxte le Haras national du Pin, structure fédératrice de la filière équine et fierté de l’élevage équin. Basés à proximité, d’autres haras sont également concernés. Depuis la découverte de ce projet, les éleveurs font entendre leur désapprobation, exprimant leurs craintes quant aux retombées d’un tel projet : inondations, fuites polluantes contaminant les terres et l’eau… L’enjeu est de taille, la Basse-Normandie s’imposant comme la première région d’élevage du cheval à l’échelle nationale. La filière équine y génère plus de 7500 emplois. Une étude d’impact, réalisée en novembre 2012, a évalué l’impact économique sur la filière équine de l’exploitation du centre de stockage de GDE (Guy Dauphin Environnement) entre 5,8 et 16,1 millions d’euros, et ce dès la première année. L’impact sur le tourisme, lui, oscillerait entre 5 et 20 millions, avec un pic en 2014, année des Jeux Equestres (25 à 40 millions d’euros).   
 
Des preuves… longtemps ignorées ?
 
Officiellement, c’est un rapport, réalisé par un expert hydrogéologique à la demande des associations de défense du site, qui est à l’origine du moratoire exigé par la ministre de l’écologie, Delphine Batho. Selon toute vraisemblance, celui-ci a soulevé suffisamment d’incertitudes pour calmer les rêves de grandeur de GDE, futur exploitant du centre. Connu, ce groupe est aujourd’hui considéré comme le deuxième exploitant français de métaux de récupération. Mais il doit également sa célébrité à son implication dans certains malencontreux dossiers de pollution, dont un qui n’est pas des moindres, à savoir l'affaire Trafigura.  
 
Pour l’heure, rien n’est encore joué. L’intervention de la ministre de l’écologie arrive juste à temps, à l’aube de la dernière étape du processus de lancement : l’autorisation d’exploiter. Apaisant les esprits, celle-ci a déclaré qu’aucune autorisation d’ouverture du centre ne serait accordée avant les conclusions de la nouvelle enquête. Avec une durée d’exploitation estimée à 17 ans, et 30 ans de suivi post-exploitation, un instant supplémentaire de réflexion ne semble pas superflu. Il est vrai que l’on comprend difficilement la logique d’implantation de ce centre d’enfouissement de déchets, au regard des nombreux efforts déployés jusqu’alors pour préserver la grandeur et le patrimoine de cette région d’élevage (pas de produits phytosanitaires agricoles, conservation du patrimoine architectural, espaces verts et attrait touristique etc.). 
 
 
P.S : Si vous souhaitez vous opposer au projet, vous pouvez signer la pétition lancée par les associations investies dans cette cause en cliquant ici
 
Cécile Cassier


06/05/2013
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